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Réseaux sociaux : et la vie privée dans tout ça ?

20/02/2020

 

L’actualité n’est pas avare d’exemples prouvant à quel point les réseaux sociaux sont un formidable moyen d’expression. La diffusion sur Twitter du fameux « #MeToo » en provenance des Etats-Unis et son adaptation française avec « #BalanceTonPorc » a initié un mouvement de libération de la parole des femmes victimes de violences sexistes et sexuelles de la part de personnalités depuis des années ; ainsi prenait fin l’omerta en vigueur depuis tant d’années. Cependant, l’utilisation de certains médias sociaux tels que Twitter ou Facebook pose problème lorsque la finalité consiste à nuire à autrui. Malheureusement cette tendance ne faiblit pas et l’expression devient diffamation ; l’espace de liberté que représente internet devient finalement un lieu où règne la loi du plus fort ou plutôt la loi du plus fort dissimulé derrière des pseudos et profitant de cet anonymat pour submerger les réseaux de contenus haineux. A la lumière de l’actualité étudions cette question ensemble.

 

 

Tout d’abord, il faut rappeler l’importance de la liberté d’expression consacrée par la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 aux articles X et XI. Une liberté sans laquelle les autres ne peuvent exister puisque, sans elle, il devient tout bonnement impossible de revendiquer des droits. Mais alors est-ce à dire qu’il n’existe aucune borne à cette liberté fondamentale ?

 

Tout un chacun connait l’adage disant que la « liberté des uns s’arrête où commence celle des autres » ainsi la diffamation, la volonté manifeste de faire du tort à un individu ne saurait constituer une liberté. Pourtant, nous voyons combien les réseaux sociaux peuvent être violents. Évoquons le cas de la jeune Mila qui a subi une avalanche de menaces de mort, ce qui est déjà inadmissible envers une personne adulte, ne sera jamais tolérable envers une adolescente. Bien-sûr, le respect des uns et des autres est important et nul ne doit être attaqué par qui que ce soit mais qui peut blâmer une jeune mineure s’exprimant sans garde-fou de s’égarer ? Le danger des réseaux sociaux le voilà : l’instantanéité, la réaction immédiate préférée au débat de fond, à la réflexion sereine qui demande du recul et du temps. Le recul et le temps, deux éléments nécessaires à la correcte réalisation de toute tâche complexe, singulièrement en politique. Quel avenir donc pour les prochaines générations qui auront la tâche de diriger nos sociétés ? Devront-ils céder au culte de l’immédiateté ?

 

En effet, ne vous y trompez pas, la personne qui promet des solutions miracles et rapides à des problèmes complexes est souvent davantage proche du charlatanisme que du messianisme. Cette tendance risque de donner la priorité aux opportunistes et aux calculateurs plutôt qu’aux personnes sérieuses souhaitant réellement agir pour améliorer la vie des Français et les rendre fiers de leur République.

 

Afin de lutter contre la haine sur les réseaux sociaux la « loi CyberHaine » portée par ma collègue députée Laetitia Avia vise à faire agir les plateformes quand des contenus litigieux sont diffusés. Ainsi, lesdits contenus devront être retirés sous vingt-quatre heures avec des sanctions à la clef pour les contrevenants. Une attention particulière sera portée aux mineurs particulièrement touchés par le cyberharcèlement et un observatoire de la haine en ligne sera créé et conduit par le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel afin de combattre la malveillance sur le net.

 

De même, quid de la vie privée sur internet ? Il est évident que les moyens de communication modernes rendent la diffusion des contenus très rapide. Aujourd'hui, et cela ne touche pas que le monde du politique, la vie privée semble ne plus exister ; la distinction entre sphère publique et intime non plus. Des justiciers 2.0 prennent à cœur de dénoncer tout comportement qui sortirait de ce qu’ils estiment être la « norme ». Quand les dénonciations concernent des infractions, leur action peut être défendue ; mais qu’en est-il lorsque ce n’est pas le cas ? Prenons l’exemple récent de Benjamin Griveaux. Y avait-il un quelconque fait délictuel dans le comportement de l’ex candidat à la mairie de Paris ? Les faits semblent montrer que ce qui était échangé l’était par le fruit d’un consentement mutuel. La morale personnelle des individus peut juger tel ou tel comportement comme immoral mais la politique doit-elle être conduite par la morale ? Et quelle morale ? Une morale religieuse dans un État laïc ? La politique est, bien entendu, indissociable de la morale mais ce n’est pas le relativisme de cette dernière qui doit triompher. Nous pouvons parler d’éthique, mais les femmes et les hommes politiques sont et resteront des êtres humains et nul n’est irréprochable. Ce que les citoyens attendent des politiques c’est qu’ils soient honnêtes, intègres, qu’ils répondent à leurs attentes et qu’ils respectent les lois. L’éthique doit permettre la « reddition des comptes » politiques, l’évaluation de la gestion publique.

 

Néanmoins, il y a un paradoxe intéressant dans le fait de parler de vie privée et de réseaux sociaux. Effectivement, nous souhaitons plus de protection de notre intimité et pourtant jamais nous n’avons communiqué autant sur nos moindres faits et gestes. La photo de notre dîner sur Instagram, une vidéo sur Snapchat montrant le déroulement d’une fête, un tweet incendiaire contre une personnalité que nous exécrons… Contre l’exposition outrancière de notre vie privée, le principe de précaution, de prudence est le maître mot. En conclusion et pour ceux qui opposeraient à cela leur parfaite irréprochabilité, je rétorquerais à travers les termes d’Edward Snowden que "dire que nous nous moquons de la vie privée parce que nous n'avons rien à cacher, cela revient à dire que nous nous moquons de la liberté d'expression parce que nous n'avons rien à dire".

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